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L’extrême gauche et la guerre d’Algérie : la solidarité en exercice
- n° 1896
- Date : 2 novembre 2000

Des "porteurs de valises", on connaît surtout aujourd’hui les réseaux Jeanson et Curiel. Mais diverses organisations d’extrême gauche ont également été très actives dans la solidarité avec le peuple algérien.


L’opposition française à la guerre d’Algérie est connue à travers les "porteurs de valises", ces Françaises et Français engagés dans les réseaux de soutien au FLN, dont l’une des principales activités consistait à transporter les cotisations prélevées par l’organisation nationaliste sur les quelque 220000 Algériens présents en métropole (350000 en 1962). Parmi ces réseaux, les plus célèbres sont le réseau Jeanson, organisé par le philosophe Francis Jeanson, disciple de Jean-Paul Sartre et gérant des "Temps modernes" (1), et le réseau Curiel, du nom du communiste égyptien Henri Curiel, assassiné en 1978 à Paris (2). Ces réseaux sont les plus connus pour diverses raisons : le caractère public de ceux qui y ont participé, parmi lesquels on comptait de nombreuses personnalités, mais aussi une médiatisation accrue du fait des arrestations et des procès. Enfin, le caractère oecuménique de ces réseaux, qui regroupaient aussi bien des chrétiens progressistes, des communistes en rupture de ban ou des militants du PSU, a permis de constituer une représentation plus "fédérative" de leur démarche au sein de la gauche, dans la mesure où leurs ambitions politiques semblaient se limiter au combat pour l’indépendance de l’Algérie, sans autres présupposés idéologiques. Le combat des "porteurs de valises" est ainsi ramené sur un plan plus "humanitaire" que politique.

Les premiers réseaux

Les réseaux Jeanson et Curiel n’ont cependant pas été les seuls ni même les premiers réseaux d’aide au FLN. Il ne s’agit pas de minorer l’action de militants qui, dans un contexte difficile d’"unanimité nationale" (il suffit de rappeler le vote par le PCF en 1956 des pleins pouvoirs au gouvernement de Guy Mollet pour augmenter la répression en Algérie), ont su aller à contre-courant et payer parfois durement leur engagement internationaliste. Mais il faut rappeler que différentes organisations d’extrême gauche ont également été très actives dans la solidarité avec le combat du peuple algérien.

Le premier réseau qui se met en place, dès 1955, est ainsi celui du PCI, section française de la Quatrième Internationale (ancêtre de la LCR). En 1956, Pierre Frank, dirigeant de la section française, Simonne Minguet (une des rares femmes parvenues à un poste de direction dans un parti trotskyste qui n’échappe pas à la surreprésentation masculine de l’ensemble de la classe politique) et deux autres militants sont arrêtés suite à l’ouverture de paquets contenant des tracts du FLN. Ils passent deux mois en prison et sont relâchés faute de charges suffisantes. Mais Pierre Frank et Jacques Privas sont néanmoins condamnés pour délit de presse.

De telles amendes et condamnations vont causer la mort d’une autre organisation d’extrême gauche, la Fédération communiste libertaire, scission de la Fédération anarchiste animée par Georges Fontenis. Pierre Morain, militant de la FCL, est condamné à un an de prison en 1955 pour ses écrits dans "Le Libertaire", trop favorables à la révolution algérienne. En 1956, la FCL, qui croûle sous les amendes et dont les principaux dirigeants sont sous le coup de condamnations, disparaît. La FA, qui renvoie dos à dos les "deux nationalismes" des Algériens et des Français en refusant de prendre parti, n’est pas inquiétée par la répression.
Pierre Frank justifie le soutien apporté au FLN en écrivant : "Nous avons soutenu le FLN non parce que nous avions vu en lui une organisation marxiste, mais parce qu’il menait une lutte effective, réelle, contre l’impérialisme français." La révolution coloniale est considérée comme l’une des "trois forces principales de la révolution mondiale", avec la révolution politique à l’Est et la révolution prolétarienne en Europe et aux Etats-Unis. En France, des militants comme Pierre Avot, Louis Fontaine ou Gilbert Marquis s’occupent des activités "traditionnelles" clandestines d’impression de tracts du FLN, ainsi que des relations avec l’organisation algérienne, ou organisent, comme Clara et Henri Benoîts dans leur usine de Renault Billancourt, la solidarité des ouvriers avec les Algériens menacés par la police. D’autres, comme Michel Fiant, Alain Krivine, jeune militant communiste déçu par l’attitude du PCF et décidé à s’engager dans l’aide à la révolution algérienne, ou Claude Kowall, tentent de construire Jeune résistance, groupe subversif qui organise des réseaux de désertion pour les appelés. Voie communiste, une organisation où se retrouvent l’ancien trotskyste Denis Berger et le libertaire Daniel Guérin, tente de faire évader les ministres FLN et notamment Ben Bella.

Michel Raptis, dit Pablo, dirigeant d’origine grecque de la IVe Internationale, organise quant à lui un véritable réseau trotskyste international d’aide au FLN. Il met ainsi en place, en collaboration avec la direction du FLN, une usine d’armes clandestines au Maroc. Des ouvriers de différents pays, et notamment le Français Louis Fontaine, y fabriquent des mitraillettes et des mortiers. Pablo met aussi en place en 1960 aux Pays-Bas un atelier de fabrication de fausse monnaie pour le FLN. Mais les imprimeurs sont infiltrés par les services secrets, l’opération échoue et Pablo est arrêté. Après un procès durant lequel Sartre, Claude Bourdet ou Isaac Deutscher apportent leur soutien au dirigeant trotskyste, il est condamné à 15 mois de prison à Amsterdam.
Après l’indépendance, un certain nombre de militants s’installent en Algérie afin d’y construire le "socialisme". Pierre Avot, Simonne Minguet, Louis Fontaine, Albert Roux sont de ceux-là : ils font partie des fameux "pieds-rouges" et disposent de la nationalité algérienne. Pablo est même conseiller de Ben Bella, et travaille avec l’historien Mohammed Harbi pour faire adopter les premiers décrets d’autogestion des domaines laissés vacants par les "pieds-noirs" réfugiés en France. Le coup d’Etat de Boumedienne en 1965 met un terme à cette collaboration : les pieds rouges trotskystes sont arrêtés puis expulsés ou s’enfuient, Albert Roux subit même la torture.

Internationalisme concret

Quelles leçons tirer de ces expériences ? De nombreuses illusions ont sans doute été déçues chez ceux qui espéraient la transformation de la révolution coloniale en révolution socialiste et son extension en Europe. La phraséologie marxiste et progressiste du FLN a pu abuser des militants qui ne percevaient pas toujours la bureaucratisation de l’organisation nationaliste, déjà en oeuvre pendant la guerre d’Algérie. Reste le plus important : le soutien pratique à la lutte d’un peuple contre un Etat colonial qui n’hésitait pas à employer la torture et à réprimer férocement toute révolte, les massacres de Sétif et Guelma ou le 17 octobre 1961 sont là pour en témoigner. Reste une expérience concrète d’internationalisme conséquent, avec toutes les erreurs, les difficultés et les illusions, mais aussi la solidarité, les espoirs et les perspectives que cela comporte.

Sylvain Pattieu

1. Voir Hervé Hamon et Patrick Rotman, "Les Porteurs de valises, la résistance française à la guerre d’Algérie", Albin Michel.

2. Voir Gilles Perrault, "Un homme à part" éditions Bernard Barrault.


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