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Septembre 1938 : fondation de la IVe Internationale

Fallait-il une Internationale ?

En 1864 Karl Marx fut le principal initiateur de la première Internationale : créée à Londres le 28 septembre 1964. Il voulait organiser une direction révolutionnaire sans frontières. C’était donc un parti unique, appelé "l’Internationale" et dont les membres étaient issus de la classe ouvrière des principaux pays européens et des États-Unis. Il était appuyé sur le mouvement ouvrier anglais dont la base était déjà organisée dans le pays le plus industrialisé à cette époque.

L’Internationale se développa mais sans devenir une large force ouvrière et dès avant l’écrasement de Commune de Paris en 1871, les fortes dissensions entre les partisans de Marx et les anarchistes inspirés par Bakounine paralysèrent son action et conduisirent à son effritement puis sa dissolution en 1876.

La seconde Internationale née à Paris en 1889 était très différente. Il s’agissait cette fois d’une alliance entre des partis sociaux-démocrates nés dans divers pays surtout européens mais dont chacun menait une activité autonome. Le plus puissant d’entre eux, en Allemagne, n’était parvenu qu’avec difficulté à une fusion entre deux partis socialistes dont l’un était plus nationaliste allemand qu’internationaliste. Le 4 août 1914 marqua l’effondrement total de cette deuxième Internationale incapable non seulement d’organiser une grève générale contre la guerre qui éclatait mais admettant surtout que ses députés élus votent dans leurs parlements respectifs les crédits militaires et l’envoi à la boucherie de millions de jeunes soldats.

Le manifeste communiste de Marx et Engels, écrit en 1848 s’achevait par les mots "Prolétaires de tous les pays unissez-vous". La guerre de 14/18 montra à l’évidence qu’une Internationale était nécessaire.

Pendant les rencontres de Zimmerwald (septembre 1915) et de Kienthal (avril 1916), Lénine mais aussi Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht et Léon Trotsky firent constater que la deuxième Internationale était morte et décidèrent d’en créer une troisième. À sa naissance l’Internationale communiste fondée à Moscou en mars 1919 était peu représentative du prolétariat européen. Elle comptait avant tout des délégués de l’URSS où la révolution avait triomphé et des Allemands. Mais ces derniers étaient privés de leur principal dirigeant Rosa Luxemburg, assassinée à Berlin en janvier 1919, quelques jours après avoir fondé le PC allemand (D.K.P.). La troisième Internationale voulut se protéger du réformisme en précisant des conditions d’adhésion rigoureuses mais elle accepta tout de même des partis de masse comme le PCF dont les cadres, en majorité, étaient membres du parti socialiste français en août 1914 et avaient voté pour la guerre.
Un effort dit de "bolchévisation" mené en 1924 par Zinoviev, qui présidait l’Internationale communiste appelée aussi Komintern, n’aboutit pas à une composition sociale et idéologique plus radicale, plus authentiquement révolutionnaire. Au contraire cela permit ou du moins prépara la bureaucratisation de la plupart des partis membres de l’IC au profit de la direction stalinienne qui commençait à prendre le pouvoir en URSS. Il n’aura pas fallu beaucoup de temps pour que cette troisième Internationale cesse d’être une véritable direction révolutionnaire mondiale. À partir de 1925 alors qu’une révolution sociale commençait en Chine, les dirigeants de l’IC, malgré la vive opposition de Trotsky et de sa tendance appelée l’opposition de gauche en URSS, empêchèrent les communistes chinois de prendre la direction de la révolution et les livrèrent au dictateur Chiang Kaï-shek qu’il n’hésita pas à en faire massacre le 12 avril 1927 à Changhai.

Trotsky, exilé en Turquie en février 1929 par la direction stalinienne du PC de l’URSS, va par ses écrits, mener une campagne de propagande intense pour que se réalise un front unique PC-PS en Allemagne capable de s’opposer à la menace capitale que représentaient Hitler et le parti nazi en plein essor. Staline et ses acolytes menèrent jusqu’au bout leur politique criminelle de dénonciation du PS "pire que les nazis" et le 30 janvier 1933 Hitler prit le pouvoir légalement comme chancelier du Reich sans qu’aucune résistance ne soit esquissée par le DKP pourtant encore puissant. La mort de Rosa Luxemburg - drame majeur pour toute la classe ouvrière - n’avait pas permis qu’une direction efficace se construise en Allemagne et le DKP n’était plus qu’un instrument entre les mains de Staline et se révéla incapable de prendre de simples mesures d’autodéfense.

Vers la création de la IVe Internationale

Trotsky avait mené dans les années 20 une bataille obstinée comme dirigeant de l’"opposition de gauche" du PC de l’URSS pour que le programme du parti et de la troisième Internationale restent centrés sur la révolution dans les pays capitalistes et non sur l’illusoire "construction du socialisme dans un seul pays" que préconisait Staline.

Dès février 1929 et pendant ses quatre ans d’exil en Turquie, Trotsky chercha à construire une opposition de gauche internationale. Il gagna des groupes importants de partisans dans divers partis de l’IC. L’opposition de gauche fut même brièvement majoritaire dans le PC belge avant 1930. Aux USA, James Cannon devint le principal leader communiste et appuya Trotsky. Ces groupes connurent malheureusement de nombreux échecs et divisions liées à des désaccords internes successifs. Avant de réussir à tuer Trotsky à Mexico le 21 août 1940, la police stalinienne (G.P.U. puis N.K.V.D.) assassinèrent un certain nombre de militants de l’opposition de gauche en URSS, en France, en Espagne, en Suisse. Léon Sedov, fils et collaborateur essentiel de Trotsky en fut lui-même victime en février 1938.

La victoire du nazisme en Allemagne décida Trotsky a proclamer la nécessité de créer une quatrième Internationale face à une prise de position du comité exécutif de l’IC qui le 5 avril 1933 approuvait la politique du PC allemand (D. K. P.) qui a mené Hitler au pouvoir.

Dans le "bulletin international de la L.C.I. (Ligue communiste internationaliste) du 30 août 1933, Trotsky définit l’I.C. "une organisation que n’a pas réveillé le tonnerre du fascisme démontre qu’elle est morte et que rien ne la ressuscitera". Et à ceux qui émettent des réserves face au projet de fonder une quatrième Internationale Trotsky répond : "Il nous faut avancer sur un chemin coupé d’obstacles et encombré de débris du passé".

Arrivé en France, face à un camarade cheminot inquiet qui lui dit : "En somme vous proposez de tout recommencer ?" Il répond : "C’est cela même : tout recommencer". (1)

Un premier succès pour établir les fondations de la IVe internationale sera obtenu à Paris en novembre 1933 où se tient un plénum de la L.C.I. (Ligue communiste internationaliste) auquel participe Henk Sneevliet qui avait fondé notamment le PC indonésien. Ce militant sera fusillé par les nazis en 1942.

Quatre organisations, parmi les 14 représentées vont conclure une alliance. Il s’agit de l’Opposition de gauche soviétique, du SAP (parti social-démocrate de gauche allemand) et des deux partis hollandais (O. S. P. et R. S. P. qui vont fusionner en RSAP). Mais cette conférence sera suivie de désaccords notamment au sujet du "tournant français" c’est-à-dire la tactique entriste préconisée par Trotsky pour la France et la Belgique notamment.

En Belgique Léon Lesoil et la majorité des Trotskystes belges réussiront - malgré l’opposition de Georges Vereeken - à entrer dans les jeunesses socialistes et à y rencontrer un certain succès. Il en va de même en France mais les militants français se divisent et en 1938 il ne subsistera de cet épisode que plusieurs groupes en désaccord. Aux États-Unis, en Espagne avec le P.O.U.M. des forces de gauche sont actives mais Andrès Nin le dirigeant catalan du P.O.U.M. finira par rompre avec Trotsky un an avant d’être exécuté à Barcelone en juin 1937 par les agents russes du NKVD.

Le coup d’Etat de Franco le 18 juillet 1936 va voir les travailleurs catalans dirigés par les anarchistes prendre le pouvoir à Barcelone mais sans entamer une révolution socialiste radicale. Ils ne le tenteront qu’en mai 1937. Ce sera trop tard.

Un désaccord entre oppositionnels naîtra de la publication en 1936 du livre capital de Trotsky "la révolution trahie" où il décrit en détail la mainmise de la bureaucratie stalinienne sur l’URSS tout en affirmant que la base économique et sociale de l’URSS est restée héritière de la révolution d’octobre et qu’il faut donc "défendre l’URSS contre l’impérialisme" malgré la dictature bureaucratique. Une partie des militants n’acceptera pas cette analyse et le 22 août 1939 le pacte germano-soviétique en verra beaucoup d’autres quitter la IVe internationale toute neuve en rejetant cette position.
Fallait-il créer une IVe Internationale ?

Toutes ces tensions, ces désaccords entre les militants qui avaient appuyé Trotsky firent en sorte qu’au début de 1938 il ne trouve d’appui que chez un nombre limité de militants et d’organisations. Après le POUM, c’est le RSAP hollandais de Sneevliet, qui rompt avec Trotsky en juillet 1937. Les proches collaborateurs de Trotsky, Erwin Wolf, Ignace Reiss, Rudolf Klement et Léon Sedov, son fils, meurent sous les coups du NKVD. En URSS les oppositionnels les plus connus ont renié leur appui à Trotsky ce qui ne les protégera pas de l’exécution au cours des procès de Moscou. À Vorkouta les partisans de Trotsky qui lui sont restés fidèles dans ce camp où Staline les a concentrés sont exécutés à la mitrailleuse en mars 1938.

En Occident Franco marche à la victoire en Espagne et les gouvernements français et anglais préparent une entente "pour la paix" avec Hitler à Munich en septembre 1939. Trotsky lui-même est exilé au Mexique depuis janvier 1937. Il y a trouvé des amis comme le peintre Rivera mais des agents staliniens préparent déjà son assassinat.Fallait-il dans ces conditions faire naître une IVe Internationale faible, peu ancrée dans les masses alors qu’à sa naissance en 1919 la troisième s’appuyait sur la révolution russe victorieuse et sur des partis communistes en pleine essor ? Trotsky a mis toute son énergie dans cette création qui semblait aléatoire et, précise Ernest Mandel, "allant jusqu’à proclamer que c’était la mission la plus importante qu’il ait eu à entreprendre durant toute sa vie. C’est-à-dire plus importante que formuler la théorie de la révolution permanente, plus importante que diriger l’insurrection d’octobre, plus importante que construire l’armée rouge et l’amener à la victoire dans la guerre civile". (2)

Dès juin 1936 Trotsky écrivait à Victor Serge : "J’avoue ne pas comprendre ce que signifie fonder la quatrième Internationale. Il existe dans différents pays des organisations qui luttent sous ce drapeau". Et un mois plus tard lors de la conférence dite de Genève, tenue à Paris, il avait encore ajouté dans ses thèses : "Il est aussi futile qu’absurde de discuter si le moment est venu de la fonder. Une Internationale ne se fonde pas comme une coopérative, elle se crée dans la lutte." (3)
Mais chassé de France dès 1935, toléré en Norvège puis réfugié au Mexique en janvier 1937, Trotsky ne pourra pas participer à la naissance effective de la IVe internationale. Il en aura écrit le programme intitulé "l’agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale" plus connu sous le nom de "programme de transition". Ernest Mandel écrit à ce sujet : "Quand Trotsky intégra étroitement la construction de la IVe internationale dans le "programme de transition" et dans la stratégie de lutte pour les revendications transitoires, il était très conscient du double aspect de la crise du facteur subjectif : crise de direction et crise de conscience de classe du prolétariat... La fonction essentielle de la lutte pour la revendication transitoire est d’amener les ouvriers, à travers leurs propres expériences, à la conclusion de la nécessité de prendre le pouvoir. Le programme est un pont entre leur niveau donné de conscience et celui qui est nécessaire pour une révolution socialiste victorieuse". (4)

La conférence tenue à Périgny, près de Paris, le 3 septembre 1938 par 22 délégués de 11 sections nationales proclame la IVe Internationale et adopte son programme. Elle rassemble tout aux plus 5000 militants dans le monde selon Pierre Naville. C’est peu mais cette existence et la vie de Trotsky elle-même restent pour Staline les obstacles qui l’empêchent de se présenter comme le chef de toute la mouvance communiste dans le monde. Il réussira à faire assassiner Trotsky mais ne pourra détruire la IVe Internationale.
Et François Moreau dans son remarquable ouvrage "Combats et débats de la IVe Internationale" écrit : "Si la IVe Internationale n’avait pas été fondée, si elle avait disparu, si elle s’était fossilisée, il faudrait partir de zéro pour former une nouvelle Internationale..." Et il ajoute "Dans tous les cas, la IVe Internationale aura sa contribution à faire : une continuité révolutionnaire ininterrompue plongeant ses racines dans la meilleure période de l’Internationale communiste ; une riche expérience de luttes dans les trois secteurs de la révolution mondiale ; des militants révolutionnaires insérés dans le mouvement de masse de dizaines de pays sur tous les continents, par milliers et dizaines de milliers ; des organisations nationales habituées à fonctionner dans un cadre international et à parler un langage commun dans l’analyse des événements et des tâches. C’est peu et c’est beaucoup."

(1) cité par Pierre Broué dans son livre "Trotsky" ( éd. Fayard 1988 p.763)

(2) Ernest Mandel : Trotsky (éd.Maspéro 1981 p.135)

(3) cité par Pierre Broué : Trotsky (éd. Fayard 1988 p. 911)

(4) Ernest Mandel : Trotsky (éd.Maspéro 1980 p. 122 et 123)

(5) François Moreau : combats et débats de la IVe Internationale (éd. Vents d’Ouest Québec 1993 p. 278)


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Drapeau rouge n° 2

Cette revue d’histoire des grèves, des révolutions et de la lutte des classes fait 52 pages. Au sommaire de ce deuxième numéro :

- Chronique de 1936 (2) : une grève modèle : Morane-Saulnier
- Chronique de 1936 (II) : le comité Hotchkiss
- Brest, les 6 et 7 août 1935 : jours sanglants
- Il était un journal : l’Exploité des métaux
- Dossier : la première révolution russe de 1905, la grève d’octobre, aux ouvriers insurgés !, pour la liberté russe,
- Egypte antique : une grève chez Ramsès III,
- Royaume-Uni : la grève générale de 1926,
- Page de réclame,
- Lyon : insurections des Canuts de 1831 et 1834

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