Manifestation Régionale des Femmes Gilets Jaunes dimanche 12 mai à 14h

Rassemblement devant le Palais de Justice Historique des 24 colonnes (à Lyon 5ème, métro Vieux Lyon) puis 14h30 = départ du cortège "Dans toutes les mobilisations sociales de la période récente, l’implication des femmes est également forte et, pourtant, elle surprend. Cette implication des femmes apparaît à chaque fois comme une nouveauté. Leur présence est alors comprise comme le signe d’une mobilisation exceptionnelle : si même les femmes s’y mettent… En réalité, ce qui mérite l’étonnement, c’est qu’on oublie leur participation, autrement dit leur invisibilisation rétrospective. Elles se sont mobilisées de manière décisive depuis plusieurs années, avec des grèves majoritairement féminines dans le secteur de la santé avec les infirmières par exemple ou encore dans celui du nettoyage ou elles dénoncent. À l’automne 2017, les salariées d’Onet effectuent plusieurs dizaines de jours de grève pour dénoncer leurs conditions de travail dans les gares tandis que celles de l’Holiday Inn se mobilisent contre les cadences infernales. Par exemple, la grève des femmes de ménage de l’hôtel Park Hyatt Vendôme permet de rendre visible non seulement leur travail mais également les conditions dans lesquelles il est accompli, du fait de la division sexuée mais également raciale du travail. Aujourd’hui, avec les gilets jaunes, l’implication des femmes est pour partie liée à leur prise en charge du travail domestique, un travail gratuit réalisé pour l’essentiel par les femmes (même si les ressorts de leur mouvement ne s’y réduisent pas) : c’est toujours à elles qu’il revient de joindre les deux bouts dans le cadre du ménage et de la famille. Dans un contexte qui rend impossible la réalisation de cette tâche pour nombre d’entre elles, la mobilisation permet de faire apparaître dans l’espace public ce qui restait dans la sphère privée : si beaucoup n’y parviennent plus, c’est bien que les problèmes vécus généralement comme personnels ont des causes sociales, que le privé est politique. En outre, certaines femmes impliquées dans les gilets jaunes travaillent dans les métiers de service à la personne...

où les formes d’organisation et de mobilisation collective, dans et par le travail, sont difficiles à mettre en œuvre : se mobiliser avec les gilets jaunes, c’est faire apparaître en pleine lumière et politiser leurs difficiles conditions de travail et d’existence. C’est d’ailleurs, ce dont rendent compte les premiers résultats publiés par une enquête en cours sur les gilets jaunes : beaucoup d’entre elles sont aides-soignantes ou encore aides à domicile. Certaines élèvent seules leurs enfants.

Ce qui change peut-être dans la publicisation du mouvement des gilets jaunes, c’est que l’invisibilité des femmes est partiellement rendue visible et débattue (même si cela reste tendanciel car certaines soirées sur BFMTV par exemple donnent davantage la parole à des hommes). Un phénomène probablement lié au gain de légitimité de la parole des femmes ces derniers mois.

Avec la séquence féministe qui se déploie à l’échelle mondiale, de la grève du 8 mars en Espagne aux mobilisations pour le droit à l’avortement en Argentine, de #MeToo aux États-Unis à la manifestation du 24 novembre en France, une nouvelle vague féministe est en cours de développement. Elle favorise la prise de parole des femmes dans l’espace médiatique.

Si la mise en place de porte parole des gilets jaunes a été symptomatique de la tendance à voir disparaître les femmes – elles étaient 2 sur les 8 portes paroles – , l’originalité du mouvement est justement de ne pas avoir de direction où les hommes pourraient monopoliser l’attention. Les formes d’organisation démocratique telles qu’elles s’esquissent parfois dans le mouvement ne peuvent donc passer à côté de leur parole. Des initiatives féministes – AG, cortèges dans les manifestations – se mettent d’ailleurs en place pour rendre encore davantage visibles les femmes et leurs revendications dans le cadre du mouvement."

extrait de l'article "Les femmes dans le mouvement des gilets jaunes : révolte de classe, transgression de genre"
écrit par Fanny Gallot en décembre 2018 et publié sur le site Contretemps https://www.contretemps.eu/femmes-gilets-jaunes/

Samedi 11 mai 2019 - 19:20 par NPA 69