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Une résistance différente. Objectif : préparer la révolution (Rouge n° 2073, 15 juillet 2004)

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, des militants du Parti ouvrier internationaliste ont poussé au regroupement de soldats allemands. Le double objectif était une résistance au nazisme de l’intérieur et la préparation de la Révolution, C’est à Brest que cette expérience est allée le plus loin.

Les militants trotskystes du Parti ouvrier internationaliste (POI, sec­tion française de la Quatrième Internationale) avaient, pendant la guerre 1939-1945, la quasi-certitu­de qu’elle déboucherait sur la Révolution, tout particulièrement en Allemagne. Leur objectif était donc de tenter de regrouper au sein même de l’armée allemande les militaires, sans doute nombreux, qui n’avaient pas oublié la riche expérience du mouvement ouvrier allemand. Il s’agissait de préparer ainsi des groupes de mili­tants révolutionnaires prêts à agir en Allemagne dès que les événements se précipiteraient et, au moins, de favoriser une certaine démoralisation de l’armée allemande. Il n’était donc pas ques­tion d’accepter aussi peu que ce soit le mot d’ordre nationaliste du Parti communiste fran­çais, « À chacun son Boche », mais bien plutôt celui plus marxiste de « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Les militants du POI n’étaient pas plus d’une quinzaine sur la région brestoise, mais ce n’était pas une raison pour ne pas se lancer dans ce que l’on peut bien appeler une aventure.

Une tâche à haut risque

C’est donc à Brest que cette expérience de regroupement de soldats dans l’armée alleman­de fut poussée le plus loin. C’est sans doute le fait que Brest soit une ville où la garnison demeurait longtemps sur place pour la défense antiaérienne, l’entretien des sous-marins et la construction du mur de l’Atlantique qui permit à cette expérience de se développer. Sous l’in­fluence et la direction de Robert Cruau, postier nantais venu à Brest pour échapper à la Gestapo de Nantes et qui parlait l’allemand, une partie des groupes de Brest et de Quimper fut affectée à cette tâche extrêmement risquée et dange­reuse. Les autres militants étaient occupés par le travail habituel de propagande en direction du mouvement ouvrier, avec pour support le journal Front Ouvrier. Le cloisonnement entre ces deux groupes devait être étanche, mais il ne le fut sans doute pas assez. Les chiffres dont
nous disposons, mais qui sont approximatifs, font état d’une quinzaine de soldats regroupés en cellule, dont sept ou huit se réclamaient de la IVe Internationale. En tout, il semble que de 25 à 30 militaires furent d’accord pour participer à la diffusion du journal en langue alleman­de Zeitung îür Soldat und Arbeiter im Westen en direction de l’armée et de la marine. Les articles étaient rédigés par les militaires alle­mands.

Cette activité ne dura pas très longtemps puisque, démarrée en mars 1943, elle s’est achevée en octobre de la même année par l’arrestation de la plupart des militants du groupe trotskyste et de tous les soldats impliqués dans cette démarche. Le seul nom de soldat allemand qui reste en mémoire est celui qui vendit le réseau, Konrad Leplôw de Hambourg, dont on ne sait pas s’il était infil­tré ou bien s’il avait été retourné par la police allemande. Le résultat en fut que tous les mili­taires ont été arrêtés et ont disparu sans que personne encore aujourd’hui ne sache ce qu’ils sont devenus. Fusillés, a dit un officier allemand à un membre du groupe français au cours de son interrogatoi­re à la prison de Rennes. Peut-être, mais il est aussi possible qu’ils furent expédiés directe­ment sur le front de l’Est où il fallait beaucoup d’hommes pour faire face à l’offensive de l’ar­mée rouge. Nous avons fait une démarche en direction de l’ambassade d’Allemagne à Paris pour qu’elle fasse une enquête sur cette affaire qui a dû laisser des traces quelque part dans les archives de l’armée, et pour que soit rendu un hommage à ces résistants d’un type assez parti­culier. Nous avons reçu une réponse correcte et nous attendons la suite.

Les militants français, on sait ce qu’ils sont devenus. Robert Cruau fut abattu dès son arres­tation, à l’école Bonne-Nouvelle de Brest, qui servait de prison à la Gestapo. Il est raisonnable de penser qu’il a provoqué sa mort en tentant de s’évader sans aucun espoir de réussite. Il était le seul à connaître la totalité du réseau. Yves Bodénès, Georges Berthomé, André Floc’h sont morts dans les camps. D’autres encore furent déportés mais sont revenus. Éliane Ronel, Henri Berthomé, Gérard Trévien, André Darley, Anne Kervella... Tous ceux-là et celles-là, je les ai très bien connus.
Des militants de la direction nationale du POI, Marcel Beaufrere et son épouse Odette, de passage à Brest, y ont aussi été arrêtés, provoquant une série d’arrestations impor­tantes dans la région parisienne. À Brest, quelques militants ont échappé aux arresta­tions, André Calvès, Jean Mallégol et Micheline Trévien, du groupe Front ouvrier. D’autres ont été arrêtés et gardés en prison à Rennes durant trois ou quatre mois. Au total, l’addition fut très lourde.

Une expérience passée sous silence

Cette expérience, absolument unique dans les annales de la résistance en France, a été lar­gement passée sous silence à la Libération pour plusieurs raisons. D’abord, le PCF n’aurait pas toléré que l’on puisse supposer que les trotskystes aussi avaient fait de la résistance. C’étaient selon eux des hitléros-trotskystes, et donc c’était impossible. Comme le pouvoir avait besoin des communistes pour relancer la machi­ne, il n’était pas question de les contrarier pour cette bricole. Les trotskystes, eux, n’avaient guère les moyens de briser ce silence, et puis les militants de retour des camps ne voulaient plus entendre parler de cette affaire. Depuis, à peu près tous les participants ont disparu. J’ai réussi à retrouver Micheline Trévien, du groupe Front ouvrier, et Jeanne Darley, chez qui fut organisée une souricière dans laquelle sont tombés un cer­tain nombre de militants, mais dont la mémoire est extrêmement défaillante.

Alors pourquoi aujourd’hui ressortir cette histoire qui fut finalement une expérience réa­lisée presque en laboratoire. Peut-être que le raffut fait autour du 60e anniversaire du Débarquement, avec pour la première fois une participation allemande officielle, donne-t-elle l’envie de rappeler que tous les Allemands n’étaient pas des nazis. Que si au lieu d’appe­ler à les abattre sans discernement, on avait préconisé la fraternisation entre les tra­vailleurs avec ou sans uniforme à une échelle de masse, la physionomie de la guerre et ses résultats en aurait été changés. Sûrement aussi pour montrer que ceux et celles que l’on a injuriés durant des années en les traitant d’hitléros-trotskystes, même à leur retour des camps, méritaient un plus grand respect. Et puis, puisque les derniers participants à cette aventure, les derniers informés de tout cela par ceux et celles qui en ont été les acteurs vont bientôt disparaître, au moins qu’il en reste quelque part une petite trace.

André Fichaut


Vous pouvez aussi lire :

- La lutte des trotskystes sous la terreur nazie

- La Vérité, journal des Comités français pour la IVe internationale

- Le Soviet

- La Vérité, journal du POI

- La Vérité, journal du PCI

- Ohé partisans !


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